ACTUALITE

du 16 décembre au 28 janvier 2012

LUCIO DEL PEZZO

A l'extrême opposé de ces primitifs de notre temps que sont les peintres non figuratifs, lesquels manient traces, taches, signes et matières en non formes sans référent préétabli, Lucio Del Pezzo, lui, dispose dans son espace pictural des éléments signifiants, extraits pour la plupart des codes sémantiques et répertoires formels en tous genres par lesquels l'homme occidental a tenté de mettre un peu d`ordre dans son chaos ordinaire. En quoi, on peut dire qu'il est, lui, le moins primitif des artistes de ce temps : le plus cu1turel. Ce qui ne doit pas nous étonner puisqu'on le sait natif de Naples, ce creuset ou tant de cultures depuis l’Antiquité se sont mêlées et mélangées.
Et comme il puise sans retenue ni vergogne dans tous les domaines du savoir et du savoir-faire : astronomie et électricité, architecture et archéologie, alchimie et optique, - on lui donne conséquemment de l'encyclopédiste. Sans doute ! Mais un encyclopédiste bien désinvolte : plutôt un contre-encyclopédiste dont le plaisir manifeste - qu'il nous fait partager - est à l'évidence de se jouer des classements et des ordres...
Se jouer : Lucio Del Pezzo, c'est le Jeu, le Grand Jeu, loca seria.
Voici donc l'art d'Homo Ludens, - pour parler comme ces anthropologues qui nous ont rappelé ; après des siècles de théories plus brillantes les unes que les autres, que les arts plastiques sont fondamentalement jeu de formes et de couleurs, constituant ce que j'ai finalement appelé le règne imaginal, celui des images imaginées et imaginantes,

Dans le panorama de l'art contemporain, la place que Lucio Del Pezzo occupe est malaisée à définir, on le comprend bien vite à la lecture des études qui lui ont été consacrées. Outre de l'« encyclopédiste », on lui donne volontiers du « métaphysique ››, référence à De Chirico dont il s'est inspiré au début - Ou encore, vu de l'extérieur cette fois, on le classe parmi les « assemblagistes ››, ceux qui s'approprient objets quelconques, morceaux bruts de réalité ou fragments d'images. Fort bien.
Mais Del Pezzo, lui, quand il emprunte des éléments visuels, c'est pour les mettre, comment dire ? En situation d'énigme, loin, très loin de leur contexte originel. Il leur propose une cohérence aventureuse, comme disait Caillois à propos d'Arcimboldo.
N 'est-ce pas là proprement une opération de magie ? Et le terme le moins inadéquat pour désigner Lucio ne serait-il pas lors celui de magicien ? Dans tous les sens du terme : de l'alchimiste au prestidigitateur. L'un comme l'autre dédié à jouer avec le monde.