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Catalogue Michel Sapone
Michel Sapone m’a
toujours fait penser au Petit Prince de Saint Exupéry. Comme
lui, il doit venir d’une autre planète, de ce fameux
astéroïde
B 612 où le monde de l’enfance ne vieillit jamais
et où les êtres aériens et lumineux qui l’habitent
portent, sur le désert de nos certitudes d’adultes
et de nos mécaniques mentales savamment fabriquées,
un regard déstabilisateur qui nous oblige à revoir
nos copies et à nous remettre en question. (…)
L’exposition que nous propose Michel est
comme une mélopée incantatoire qui pénètre
jusqu’au plus profond de nous-mêmes, nous entraînant
dans une danse où s’entremêlent l’improvisation,
l’enthousiasme, l’humour et la rigueur. (…)
Kijno, Avril 2008
Michel Sapone ou la nécessité d’être
soi
Des couleurs, des collages, des lignes, des frises.
Des formats étranges, tout en longueur ou très carrés
ou encore rognés par du vide, comme par un manque. Michel
nous ouvre la porte de son univers, avec son vocabulaire à lui,
un ensemble de signes simples, répétitifs, entêtés,
comme pour exprimer l’éternel retour de la question.
La question pour ce fils Sapone qui a grandi auprès des
plus grands artistes contemporains est celle du monde étrange,
captivant, hostile parfois. Se la poser était déjà périlleux
en soi, même si la chaleur du foyer, l’attention constante
de ses parents, Antonio et Aïka, le mettait à l’abri
de l’incompréhension, voire de l’hostilité.
Enfant, Michel dessinait tout et n’importe quoi, comme tous
les enfants. Curieux de nature, il se passionnait pour les serpents,
magnifiques et terrifiants, serpents que l’on retrouve aujourd’hui
stylisés dans certaines œuvres. Il étudiait
aussi les fleuves, intrigué par cette eau que l’on
ne voit sortir de nulle part et qui va partout… La grande
muraille de Chine le fascinait également et un exemplaire
miniaturisé de cette réalisation unique est restée
un certain temps dans le jardin de la demeure familiale. D’une
sensibilité extrême, Michel a toujours dessiné.
Tout commence comme une pièce de théâtre
avec sa part d’improvisation. Allongé par terre, dans
le salon, Michel étale du carton et commence à tracer
des lignes, puis à peindre. Il entre en communication avec
lui-même, avec son monde intérieur et exprime un besoin
fondamental : créer. Dire des choses. C’est devenu
un réflexe quotidien, une nécessité.
Alors Michel a rendu hommage à ceux qu’il aime. Dans
des compositions qui sont des accumulations de mots. Toujours les
mêmes. Une série « Socrate » pour
son chien, une autre "Hérisson" en hommage à son
cheval, une troisième « Antonio Sapone » pour
son père… Il n’y a pas de projet artistique
au sens où l’on entend habituellement. Il s’agit
ici d’un art brut qui sort des tripes et qu’un calcul
ne peut enchaîner.
Durant des années, Antonio a vu son fils rêver, chercher,
peindre, assembler, corriger, découdre et agencer à nouveau.
Refusant tout attendrissement d’ordre affectif, il a attendu
le moment où il lui a semblé que l’expression était
suffisamment aboutie pour avoir sa place dans le monde de l’art
contemporain. Antonio, celui sans qui aucune reconnaissance ne
sait pleine, ne doute plus. Il a l’œil et a perçu
l’éclosion d’un art intuitif, personnel. L’avènement
d’une expression, d’une identité picturale,
d’une vérité.
Dans sa galerie niçoise, il a accroché aux
cimaises les « volcans multicolores », les « points
lumineux jaunes et rouges », travaux au feutre sur papier
Canson et les footballeurs roumains, croates ou suédois
vus et imaginés par Michel avec des visages de clowns. Un
drôle de message à l’heure du bling-bling. Il
y a une vérité, une profondeur, un élan vital
renversant dans ces œuvres. Mais il y a aussi, subtil, en
demi-tentes et omniprésent, un sens de l’humour qui,
dans le monde de l’art, opère comme une vraie bouffée
d’oxygène.
Michel est vrai. Il ne cherche rien, ne triche
pas, ne parle pas de son art. Il montre ; il fait signe.
« Michel a ses propres éléments
de réponse à l’aventure artistique. Il a ses
collages, ses peintures, des choses qui lui appartiennent. Je crois à ce
travail. Qu’il vive sa vie et, si je le peux, je le protégerai
car il faut préserver sa pureté ».
Nicole Laffont
Nouveau ! Nouveau langage, nouvelle écriture.
Se taire. Ressentir…
Se laisser envahir par l’émotion, intense, primaire.
Rentrer jusqu’aux plus profond des signes, des formes, des
couleurs et par-dessus tout du concept. Chercher l’idée.
Michel Sapone réinvente le support. Il découpe, il
colle, il assemble, il défait, il reconstruit, il invente.
Le travail est long, laborieux. Il manipule la matière,
la transforme, la transcende.
(…) une œuvre sans cesse renouvelée,
abrupte, colorée et combien actuelle.
Extrait du texte de Maryse Walensky
Lettre
ouverte à Michel |
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En marge des systèmes établis
et des surenchères
du marché se tient un art parallèle, qui échappe
aux galonnages de la mouvance. Préservé des conditionnements
conjoncturels, cet art affranchi du poids d’un savoir
trop souvent sclérosant oppose à une culture
standardisée, une contre-culture de l’innocence.
Ses adeptes ne sont nullement dépourvus de conscience
artistique, et savent d’instinct que la forme est une
question de sens. Exempt de stéréotypes, leur
langage spontané véhicule une fraîcheur
native, même si l’on n’ignore pas qu’aucune œuvre
n’est vierge de références fortuites ou
consenties.
C’est le cas de Michel, qui a eu l’avantage de
vivre dans un milieu où l’art est privilégié.
Peintre avant tout, fervent de poésie et de sport, son écriture
bigarrée s’épanche donc dans un bouquet
de coloris vifs et contrastés, au gré d’une
expression qui revendique sa différence. Dans ses images
non convenues, sur les chemins de son rêve éveillé,
il donne libre cours à sa fantasmagorie naturelle, en
délivrant un monde féerique ou familier, dérisoire
ou empreint de gravité cocasse et ludique, qui parle
de ses inquiétudes intimes, de ses goûts et de
sa vision du quotidien.
Parfois, ses compositions délaissent la ressemblance,
et renaissent dans la récurrence du signe, à travers
des étagements, voire des superpositions de tâches
ou d’unité géométrisantes, de formes
alvéolaires ou de bandes colorées horizontales,
où repose occasionnellement un objet, et encore de rectangles
sombres posés sur des fonds monochromes dont l’ensemble relève à la
fois de l’alphabet construit et d’une grammaire
de l’imaginaire.
En émane quelque chose de fraternel et de touchant qui
non seulement séduit, mais trouble les esprits conformistes.
Pourtant, il n’y a là aucune provocation, mais
une tentative de communion avec autrui. Chacune de ces partitions
possède son propre rythme et sa symbologie particulière,
et toutes renvoient aux pulsions de l’arrière
conscience.
Ce qui frappe également, dans ce foisonnement d’images,
c’est le passage d’un genre stylistique à l’autre,
sans que la cohérence du rendu en soit perturbée.
Ainsi, on recense des supports ponctués de lettres majuscules
soigneusement calligraphiées, puis s’intercalent
des virgules ou des encoches accolées à la façon
d’un abécédaire, et s’agrègent
des animalcules en apesanteur enrobés de piquetages,
avant que la réalité ne reprenne ses droits,
mais à l’écart d’une dérive
réaliste. S’installent alors frontalement et de
plain-pied : des garçonnets ahuris à la
crinière hirsute, des figures à la tête
réduite sous une chevelure ébouriffée,
revêtus d’un maillot numéroté avec
la jambe ornée d’un astre solaire, des visages
clownesques et blafards dotés de corps dégingandés
nappés de dorures, enfin, des footballeurs massifs et
conquérants. Autant de variations iconographiques qui
réfléchissent un instant piégé,
une attitude saisie à la volée ou des souvenirs émus.
Dans ces périmètres, l’espace du jeu et
l’espace de l’art gouvernent la même ronde
plus enjouée que grave, inséparable du royaume
des images premières. Auteur et acteur de son monde émerveillé,
Michel n’en finit pas de tisser un fil d’Ariane,
dont lui seul détient la clé.
Gérard Xuriguera
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