Georges Mathieu

Après des études de lettres, de droit et de philosophie à l’Université de Lille, Georges Mathieu, né à Boulogne-sur-Mer, commence à peindre en 1942.
Il est le premier en France à réagir violemment contre l’abstraction géométrique et organise dès 1947 une série de manifestations en faveur d’un art libéré de toutes les contraintes et habitudes classiques qu’il nomme 1’ “Abstraction Lyrique”, dont il se fait le promoteur.
En 1954 il exécute ses premières grandes toiles et part pour le Japon en 1957 où il rencontre un accueil triomphal. Il séjourne alors aux Etats-Unis rendant visite à ses amis dans les universités de Berkeley, Princeton, Yale et de Massachusetts Institute of Technology.
Dès 1959 des rétrospectives de ses oeuvres ont lieu dans les musées de Cologne, Bâle, Krefeld, Neuchâtel, Genève...
Il se rend ensuite au Brésil, en Argentine, au Liban, en Israel, au Canada et dans presque tous les pays d’Europe. A partir de 1962, persuadé de la nécessité de créer des harmonies plus heureuses entre l’homme et son milieu, il prend conscience de l’un des devoirs majeurs de l’artiste envers la cité et tente de transformer son “langage” en “style”.
C’est alors qu’il crée de nouvelles formes de meubles, des bijoux, donne des cartons de tapisserie pour la Manufacture Nationale des Gobelins, dessine des assiettes pour Sèvres, établit les plans d’une usine à Fontenay-le-Comte, réalise toute une série d’affiches pour Air France et de médailles pour la Monnaie de Paris, crée la nouvelle pièces de 10 francs, des timbres, conçoit des projets de grilles, de fontaines et de villes.
Après plus de cent cinquante expositions particulières dans le monde dont les plus récentes ont eu lieu à New York (1979), à Montréal (1979), à Mannheim (1980), à Rio de Janeiro (1982), à Bahrein (1982), à Tunis (1983), à Vascoeuil (1983), à Morges (1983), à Brive (1984), à Singapour (1984), à Nantes (1985), a New York (1985) après quatre rétrospectives importantes à Antibes (1976), àOstende (1977), au Grand Palais (1978), au Musée de la Poste à Paris (1980), Georges Mathieu a entrepris des sculptures monumentales dont les plus récents témoignages sont ceux du Complexe Sportif de Neuilly (1982), de C.E.S. de Charenton (1982), de la tour Fîf-Aquitaine à la Défense et a ajouté à ses peintures de grands formats: “La libération de Paris” (1980), “La célébration du Feu” (1981) pour l’E.N.S.C.I. de Limoges, “La délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc” (1982) pour la Mairie d’Orléans, “L’Honneur de Brive” pour la Mairie de Brive, “Le Massacre des 269” (1985) et la décoration des plafonds des Salons de la Mairie de Boulogne-Billancourt (1984-85).
Mais Georges Mathieu ne se lasse pas d’assumer des défis: dès 1985, s’opère un réél changement dans ses oeuvres, tant dans la forme que dans le fond. C’est le “tournant cosmique” qui élimine la composition centrale, dernier vestige du clacissisme, au profit d’une distribution des formes, envahissant toute la surface de la toile.
A partir de sa rétrospective du Palais des Papes d’Avignon le rythme de ses
exposition s’accélère: Nantes, New York, Genève (1985), Palm Beach, Luxembourg, Toulouse (1986), Nice, Zurich, Milan, Lyon, Gand, Montréal, Bologne (1987), Maddaloni, Turin, Rome, Lille, Finale Ligure,Knokke-le-Zoute, Paris.
Enfin, devant l’indifférence de nos élus et de nos gouvernements quant à la priorité à accorder à une véritable éducation — une éducation qui ne mettrait plus l’accent sur la raison au détriment de la sensibilité, ni sur les progrès économiques au détriment du progrès de l’homme et qui ouvrirait l’accès du plus grand nombre aux joies les plus simples et les plus exaltantes de la vie — il lance en 1964 un appel vibrant à la jeunesse mondiale et ne cesse depuis cette dante d’utiliser toutes les tribunes et toutes les occasions pour réagir contre l’engloutissement des personnes, leur dissolution dans des structures collectives, la démission des volontés et des énergies, reprenant à son compte le cri de Gailbraith: “L’artiste est maintenant appelé pour réduire le risque de naufrage social à quitter sa tour d’ivoire pour la tour de contrôle de la société”.
En révélant que pour la première fois dans l’histoire des formes “le signe précède sa signification”, Mathieu a inauguré une nouvelle esthétique, mais aussi une nouvelle éthique et peut-être une nouvelle ontologie. Sa révolution sémantique met en effet en cause les fondements de toutes les dialectiques, de Platon à Hegel, de Marx à Heidegger, mais aussi la validité des théories et des idéologies issues d’un structuralisme formel et d’une linguistique littérale qui n’ont entrevu qu’un aspect fragmentaire de l’univers des signes. A l’exemple de l’Abstraction lyrique, les valeurs de la civilisation de demain ne seront plus fondées sur une réalité antérieure et c’est pourquoi son aventure s’affirme comme la condamnation radicale de toutes les politiques actuellement menées de par le monde.
Son oeuvre est actuellement présente dans soixante-dix-neuf musées et collections publiques.

 

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