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Mansouroff
Etrange
parcours que celui de Paul Mansouroff, mort en 1983 à Nice comme
il vécut : discrètement.
Dès
1917, il propose sa collaboration à Alexandre Lounatcharsky, alors
commissaire du peuple au palais d Hiver. En 1920, il se rend à
Kazan où il dirige un atelier à la Faculté de peinture
de l Institut d art. La même année, il est de
ceux qui créent à Petrograd le Ginkhuk, l Institut
national de la culture artistique. Il est aux côtés de Kasimir
Malevitch - qui lui confiera une section expérimentale - et de
Vladimir Tatline qu il secondera dans l édification
de son « Monument à la IIIe Internationale ».
Mansouroff est très actif et prolifique. Il réalise cette
année-là affiches, décors de théâtre
et d opéra, peintures...
Mais le couperet du stalinisme s abat en 1926 sur le Ginkhuk et
ses artistes, qualifiés par un critique aux ordres de « moines
illuminés ». Trotski avait en quelque sorte donné
le signal en 1922 en taxant « d idéalisme »
les tenants de l avant-garde. Lors d une dernière exposition
organisée par l Institut, Mansouroff expose ses toiles et
deux textes-manifestes dans lesquels on peut notamment lire : « La
situation particulière de l artiste à l époque
actuelle l oblige à s opposer de toutes les manières
possibles à ces idées dénuées de tout fondement
réel ou même logique lorsqu on les applique à
l art, qui sont celles des administrateurs, des politiciens et des
commerçants, ceux qui occupent avec leur philosophie tous les postes
qui existent et qui auraient pu permettre un échange avec le peuple. »
En 1929, il part en Italie dans le cadre d une exposition puis se
rend en France. Il ne rentrera plus en URSS. « Moi-même,
je n avais jamais prévu que je partirais pour si longtemps,
mais après, il devint clair qu il n y avait nulle part
où revenir et pour faire quoi ? », écrit-il
en 1971. Sur les conseils de Maïakovski, il rencontre les Delaunay
à Paris et présente ses travaux dans le milieu artistique
de la capitale. Mais il n obtint guère qu un succès
d estime. Picasso lui-même dira : « Même
si vous êtes le Raphaël de l art non objectif, cette
peinture n intéresse personne. » Cela explique
sans doute les nouvelles orientations picturales de Mansouroff qui, guidé
par Sonia Delaunay, se tourne vers les arts appliqués et surtout
le graphisme pour tissu. Il réalise ainsi des motifs de toute beauté
pour Patou, Chanel, Lanvin ainsi que des vêtements.
Jusque dans les années cinquante, la période dite française
de Mansouroff ne présente que peu d intérêt.
On sent le peintre mal à l aise, explorant une sorte d expressionnisme
pas toujours de bon aloi. L apparition - ou la renaissance - du
non-figuratif en France sera pour Paul Mansouroff le signe libérateur
d un art enfoui mais jamais oublié. Il renoue alors avec
ses « Formes picturales » et ses « Formes
simples » élaborées à Petrograd. Des séries
de tableaux travaillés comme des icônes, sur du bois de tilleul.
Cette quête de la loi du mouvement dans la création picturale
se traduit par un dépouillement, une économie guère
éloignée de celle d un Malevitch. La verticalité
domine, des boules tournoient, les dessins géométriques
s étirent et les couleurs se répondent ou se fondent.
C est là sans doute l intérêt majeur de
toutes les pièces présentées. On reste confondu par
cet alignement : des quilles en bois qui recèlent un passé
confus. Cette sorte de minimalisme développé par Mansouroff
à Petrograd refait donc surface à Nice tout particulièrement,
où il s installe dès 1975. Il ajoute toutefois à
ses recherches de jeunesse des photos, des morceaux de tissu, traces d une
vie.
Toutes ces oeuvres, accompagnées de documents provenant du fonds
Mansouroff mis à disposition par la galerie Antonio Sapone qui
détient le droit moral sur l oeuvre, sont donc exposées
à Nice. Avec elles, celles de l avant-garde russe de Petrograd.
On trouve ainsi des toiles et des dessins sur papier de Malevitch, Souïetine,
Matiouchine, Filonov, Tatline... La mise en confrontation, si elle indique
les intersections entre ces ensembles, révèle également
les différents points de vue. Mansouroff privilégie la torsion
et la courbe au plan suprématiste. L avant-garde russe de
Petrograd possédait plusieurs facettes. C est ce que montre
avec beaucoup de réussite cette exposition, en même temps
qu elle nous fait découvrir un artiste décidément
si discret que la collection du Musée d Etat russe de Saint-Pétersbourg
consacrée à ce mouvement artistique n en possède
pas la moindre trace.
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