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Michel Sapone
Né dans une famille où la
fréquentation
des artistes, parmi les plus grands du temps, et de leurs œuvres
est une évidence
tranquille et joyeuse, en silence, discrètement, sans en avoir
l’air, comme à son habitude, il a regardé, ressenti,
intégré au plus profond de lui, la puissance et l’invention
de ces « maîtres » qui d’une certaine
manière partageaient son quotidien, d’enfant, d’adolescent,
d’homme, Picasso, Mansouroff, Magnelli, Tal-Coat, S. Delaunay,
Matthieu, Hartung, Burri, Riopelle, Kijno, et tant d’autres…
Ne cherchez pas de ressemblances, d’influences marquées,
revendiquées, tout a été assimilé en une
alchimie profonde qui se traduit aujourd’hui dans une œuvre
singulière, profondément sensible, à la fois brutale
et raffinée, regard grave et profond sur un monde où l’enfance
de cesserait de renaître, où l’adulte réapprendrait
toujours le geste premier, où l’artiste serait le chaman
en lien directe avec nos territoires abandonnés.
EMOTION : elle est partout présente
dans ses œuvres ; ça vibre dans chaque espace du dessin, ça
palpite d’une
drôle de manière, à la fois avec fragilité et
avec puissance.
Regardez ces écritures obsessionnelles,
aux lettres qui se rapetissent, qui se perdent dans l’espace, qui
s’écroule
en fin de compte écrasé sous le poids du monde.
D’autres au contraire, inscrivent sur la feuille leur lettre avec
une incroyable force, l’incroyable revendication d’être
là, présent au monde présent à la création.
ENERGIE : pas de retenues ici,
pas de raffinements timides, d’efforts de bien faire, d’efforts
de plaire.
Des signes éclatent sur le papier – signes primaires – réduits à un
minimum.
Tous les rapprochent de l’enfance, magnifique tentative de retrouver
le geste premier, l’origine de l’émotion picturale.
Les couleurs sont pures, brutes, leurs confrontations savantes.
Une sorte de joie viscérale nous prend. Nous oublions ce que nous
croyons savoir de la peinture, nous découvrons un monde, la cartographie
intime d’une sensibilité extrême.
LIBERTE : Qui osait parler de limite à Michel
Sapone ?
Ce qu’il sent est ce qu’il fait. Qu’importe les réactions.
Quand il prend un maillot de footballeur, qu’il y associe un ballon
dessiné de la manière la plus rudimentaire au dessus duquel
trônera dans un autre cercle deux ronds pour les yeux un ovale
pour la bouche, on se trouve soudainement devant la plus dérisoire
représentation de la condition humaine et en même temps
devant l’exaltation la plus innocente du jeu.
Ne nous y trompons pas, Michel Sapone, joue de l’innocence pour
nous dire l’essence même de l’homme.
Cette œuvre nous révèle et nous dévoile de
la manière absolue.
Christian Croset
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