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Vivien
Isnard
Insaisissable,
impondérable, et pourtant permanente demeure notre interrogation:
Où se trouve, où se discerne le seuil que franchissent certains
travaux d’art pour n’être plus mesurable à l’aune
de nos jugements? Un élément que l’on ne peut réduire
à un plus s’est introduit dans une œuvre et la métamorphose.
Nous ne savons où nous sommes joints, on emploie des mots cœur,
âme, sensibilité, dont le contenu est défaillant :
grossièrement on croit se réfugier dans la métaphysique:
c’est l’être qui est concerné, mais on sait qu’un
tel propros est vain, qu’à ce moment la substance même
de notre analyse se dérobe. Les mots, et le discours qui les contient,
dissertent à côté de l’œuvre, que seule
celle-ci est, comme nous le préhendions.
Ecrivant cela nous nous trouvons au centre du discours tenable sur l’œuvre
de Vivien lsnard. Nous disons bien discours, sachant sa déficience,
l’œuvre d’art échappant au discursif où
la critique succombe. Nous voilà donc réduits, au mieux,
à la paraphrase, aux approximations, dès que l’on
veut se faire entendre! D’autant plus que Vivien Isnard n’est
point homme à commenter ses travaux en maître de conférence.
L’homme et l’œuvre s’associent, tautologiquement
se confondent, chacun émanant de l’autre, dans les arcanes
de l’évanescent où pourtant le nombre détermine
et crée l’histoire comme le fait la pensée engendrant
l’œuvre, l’œuvre procréant la pensée.
D’autres diront la carrière de Vivien lsnard, son parcours
depuis les années où il fut l’étudiant de Claude
Viallat, ses travaux dans la mouvance de Supports I Surfaces, ses grandes
toiles libres (sans châssis) sur lesquelles il utilisait l’huile
de vidange pour inventer d’étranges fenêtres -point
celles de Vasari -, mais où déjà l’ouverture
ne découvre pas l’espace extérieur mais une intériorité
que ne dot nul horizon. De cette époque un ouvrage sur lsnard dû
à Sabine Gowa (1), décrit, en quelque sorte, les préliminaires
de ce que sera la matérialité de son œuvre. Une matérialité
inséparable de la vision interne de celle-ci. Rappelons-nous, Barthes
l’écrivait, que le sens d’un signe n’est en fait
que sa traduction en un autre signe et que chez lsnard du signe émane
une conjuration dont le rituel échappe. Mais l’épiderme
du tableau n’est jamais que la figuration d’un cérémonial.
Ainsi, si nul n’échappe à l’histoire de la culture,
l’œuvre d’lsnard s’en distingue en s intériorisant
de telle façon que nous la recevons en message évadé,
en rupture de toute illusion réaliste.
En 1973 le peintre emploie des acides, des bases, des sels, qui, dit Gowa,
substitués à la peinture «attaquent» le support
(la toile) travaillant l’épaisseur par soustraction de surfaces.
En 1990 les produits utilisés seront différents mais lsnard
a gardé une approche analogue qui d’expérimentale
se convertit dans un langage que l’on peut dire absolu. Rarement
il gardera du passé quelques formes géométriques
(à Castres, le cercle et le carré) qui se sont chargées
d’un ton d’évidence, les dépouillant de symbolisme,
pour n’en conserver que la tension.
Parlant de Pollock, lsnard faisait état d’un sentiment lui
faisant saisir une équivalence entre le jeté de la peinture
sur la toile par Pollock et celle des Indiens qui peignent sur le sable.
Cette gestualité peut sembler absente dans les travaux que l’on
voit à Castres. Certes l’action-painting n’est pas
le propre
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SI 80, 1980

Atelier de l'artiste,
1990

SI 93, 1997

SI
94, 1997

SI
91, 1997
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