Alberto
Giacometti
Après 1914, il commence à
produire des compositions à deux dimensions avec plus ou moins
de relief, aux formes purifiées y compris de tout accident de
collage ou de découpage. Finesse des passages décoratifs,
forts contrastes de couleurs pour soutenir les reliefs, mais aussi de
rythmes, font progresser la perfection du métier cubiste bien
au-delà de Braque. La tête en pierre polychrome ci-dessous
illustre cette remarque.
Ses rencontres avec Miro, Masson et Leiris, propulsent Alberto Giacometti,
en 1930, dans le maelström surréaliste. Freud et bataille
lui permettent de mettre à nu les fantasmes sexuels. Le symbolisme
sexuel se fait aussi plus insistant dans l'œuvre d'Alberto Giacometti.
La coloration de l'œuvre est alors souvent l'expression d'un érotisme
violent, voire sadique, comme dans la Femme égorgée ,
la pointe à l'oeil, le spectacle abstrait d'un viol en cage:
projection d'un désir toujours impuissant à rencontrer
son objet et à se satisfaire et qui, indéfiniment désirant,
semble se retourner contre lui-même pour se déchirer.
En 1935, il entreprend à travers ses toiles (portraits et natures
mortes) un retour à la réalité. A 20 ans, en effet,il
accompagnait son peintre de père en Italie. Les Tintoret et les
Giotto sont pour lui une révélation . Dans son atelier
poussiéreux de la rue Hyppolite Maindron à Paris, il s'est
acharné à peindre ses modéles: sa femme Annette,
son frère Diégo, Jean Genet, James Lord.. effaçant
sans arrêt, recommençant tout à zéro et concluant
systématiquement chaque séance de pose par un : "
C'est abominable, J'abandonne définitivement la peinture";
Chaque fois, c'est une lutte d'influence qui s'engage entre les griffures
du crayon, les lacis du pinceau et les coups de gomme. Sur le visage
de la poseuse , cerne après cerne, lasso après lasso soudainement
apparaissent les orbites qui se creusent et les os qui saillent.
L'experience de la deuxième guerre mondiale lui rendit le courage
de modeler des têtes et des personnages en pied. Ce sont des sculptures
filiformes écrasées par l'espace et l'atmosphère
qui les environnent; Giacometti cherche alors à rendre la sensation
d'un " squelette dans l'espace".
Pendant cinq ans, jusqu'en 1940, Giacometti travaille sur modèle
et, de nouveau, sent la réalité lui échapper :
" Une tête devenait pour moi un objet totalement inconnu
et sans dimensions.Les sculptures deviennent de plus en plus petites,
guère plus hautes de un ou deux centimètres et, parfois,
d'un dernier coup d'ébauchoir, finissent en poussière.
La légende veut que toute sa production, durant les années
de guerre, ait pu tenir dans quelques boîtes d'allumettes.
Le squelette en mouvement
En 1945, la pratique du dessin lui permet de donner à ses figures
une taille à peu près normale, mais elles deviennent alors
de plus en plus hautes et minces, jusqu'à cet aspect caractéristique
qu'on leur connaît. Trois thèmes reviennent sans cesse,
traités en général par séries : celui du
buste , celui de la figure debout, immobile et frontale, celui enfin
de la figure en marche.
À partir de 1948 des groupements s'organisent soit autour du
thème du mouvement, Trois Hommes qui marchent, La Place,
soit autour du thème de l'immobilité, des bustes et des
figures en pied, sans souci des rapports d'échelle.
"Le 11 Janvier 1966, Alberto Giacometti s'éteint, épuisé
dans son atelier minuscule. Là, pendant près de 40 ans,
ce jusqu'auboutiste de la figuration s'est acharné face à
la force de l'abstraction dominante à faire poser ses modèles.
Il était devenu l'ombre de ses sculptures long, filiforme,le
visage bosselé. Terrifiant. Sans aucun doute, touché par
la grâce divine, métaphorsé en Dieu dans sa quête
de l'Absolu, de la" vraie vie" dont parlait Rimbaud"
(Anne Kerner).